Litterature header des traductions du grec


Sophocle
       

        SOPHOCLE

Ajax                               Les Armes d'Achille
Oedipe roi                     L'Infaillible
Antigone                       La Raison du Prince
Les Trachiniennes       La Tunique de Nessos
Philoctète                      L'Arc et la Plaie
Electre                            Ce que veulent les Femmes
Oedipe à Colone          En Terre étrangère
          ESCHYLE
Prométhée enchaîné    Mises en chaînes
Les Perses                      Le Ressac
Les Suppliantes           A l'Ombre des jeunes filles...
Agamemnon                 La mise à Mort
Les Choéphores           La Mère coupable
Les Euménides             L'Esprit des Lois

                            EURIPIDE

Le Cyclope                  La Raison du plus faible
Alceste                          La Mort en ce Palais
Médée                           Une Femme humiliée
Les Héraclides             Sans merci 
Hippolyte                     Les Malheurs de la Vertu
Andromaque                La fillette à son papa
Hécube                          Cruautés publiques...
Héraclès                        Divines interférences
Les Suppliantes           Le fossoyeur patriote
Ion                                  L'enfant du miracle
Iphigénie en Tauride  La rectification
Electre                           Un jeune homme providentiel
Les Troyennes             Malheur aux vaincues
Hélène                           La belle que revoilà...
Les Phéniciennes        La mort en héritage
Oreste                            Emportés par la foule...
Les Bacchantes           La fête à Dionysos
Iphigénie à Aulis        La précaution inutile

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La Mort
en
ce palais







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Reproduit par la main habile de mes artisans  
Ton corps sera étendu sur ma couche,  
Alceste - vers 247-248  


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      Dans cet écrit, il est fait référence à la nouvelle traduction de l'Alceste  d'Euripide  par Fred Bibel.

   Le maraîcher a trouvé le moyen de faire venir un mulet, avec un soc pour retourner une partie de son champ de patates. Il n'y a pas que les philosophes du potager qui soient intéressés. Ils participeront à la préparation. Ils les laveront, en les grattant au besoin avec une brosse, et les couperont en morceaux si nécessaire, les feront revenir dans une huile neutre, ajouteront un peu de beurre en fin de cuisson, et du persil ciselé. Buffet campagnard pour accompagner. Le maraîcher a distillé quelques vers sur l’Alceste d’Euripide.

       Lorsque l'on doit mourir, la pire des disgrâces,
       C'est de se voir contraint de trouver chez les siens,
       Affreuse obligation, si les siens, on y tient,
       Un être disposé à partir à sa place.

       Un dieu n'est pas troublé par de telles impasses —
       Qu'ils s'arrangent entre eux — avec un peu de vin,
       Il croit avoir tout fait, tant pis pour les destins.
       Quand un fil est coupé, la Mort en suit la trace

       Ce roi, peu inspiré, sollicite ses vieux
       Qui ont assez vécu et n'attendent pas mieux,
       C'est si beau, pour un fils, de sacrifier sa vie,

       Il aurait mieux valu demander leur avis.
       L'épouse trop aimante accepte de partir,
       L'époux chagrin pleurniche et ne veut pas mourir.

   — L’essai est laborieux, il sent un peu la sueur, dit Fred Caulan. Une parenthèse bouche-trou en guise de cheville, avec une plaisanterie digne de Reboux et Muller, qui justifie à peine une familiarité malvenue au neuvième vers, un mot bas qui n’est là que pour la rime. Je ne parle pas de l’anachronisme : les contemporains devaient juger qu'un mortel si accueillant, si honnête qu'Admète doit saisir l'occasion que lui offre un dieu de ne pas mourir s'il trouve quelqu'un pour le remplacer. Il ne peut deviner que seule sa femme Alceste y consentira. L’ensemble me paraît poussif, sed Homerus aliquando dormitat.
   Le maraîcher qui s’occupe de ses sucrines, approuve apparemment cet arrêt. Il fait oui de la tête et sourit.
   La matinée étant prise, la femme du maraîcher ouvre la séance après le pousse-café.
   — En ces temps légendaires, on peut avoir un dieu qui garde ses troupeaux, dans certaines circonstances : Apollon n’a pas apprécié que Zeus foudroie son fils Asclépios, pour avoir ramené un mortel à la vie sans le consulter ; il a exterminé les Cyclopes. Ne pouvant foudroyer son divin rejeton, Zeus le place chez Admète. Ce bon maître tombe amoureux d’Alceste, que son père ne veut accorder qu’à un homme qui arrivera sur un char tiré par un lion et un sanglier. Apollon n’a aucun mal à lui procurer cet équipage. Rien d'étonnant non plus à ce qu'Héraclès vienne voir le roi entre deux travaux. Entre Argonautes…
  « Quelle qu’en soit la raison, Admète est condamné, les Moires s’apprêtent à couper le fil de sa vie. Le gentil bouvier les fait boire. Elles consentent, la langue en tapis brosse, à couper un autre fil, si Admète trouve quelqu'un pour mourir à sa place. Affreux dilemme, il s'adresse à ses parents qui ont assez vécu, peine perdue. C'est alors qu'Alceste se propose. Gros chagrin de l'époux qui n'envisage pas une seconde de mourir lui-même. Durant les funérailles, Héraclès se présente à sa porte. Alceste est connu pour son hospitalité, il le reçoit et, pour ne pas lui faire de peine, prétend qu’il doit conduire au bûcher une personne qui ne lui est de rien. Il l’hébergera juste en un lieu où il ne sera pas importuné par les cris des pleureuses. Quand il saura ce qu'il en est, Héraclès ira se colleter avec la Mort, pour ramener la morte à son mari et se vengera des cachoteries de son hôte en le mystifiant, avant de larmoyantes retrouvailles. Effet dramatique certain, on dirait du Greuze.
   Il semble qu’un petit détail ait choqué Isabelle Higère ;  
   — Qu’est-ce après tout qu’une femme ? Admète songe un instant à se consoler en faisant reproduire par des artistes capables le corps de la future défunte, pour la prendre dans ses bras comme il eût fait avec la morte. Une femme, c’est juste un corps, avec tous les caractères sexuels qu’on est en droit d’attendre.
   Lucie Biline semble acquiescer :
   — Voilà qui est joliment dit, quoiqu’il ne s’agisse là que d’un ersatz. Les glossateurs ont raison de préciser que Laodamie, la femme de Protésilas,  mort tout au début du siège de Troie, avait demandé qu’on façonnât un mannequin de cire à son image. Ce devait être une cire spéciale qui ne fondait pas à l’usage. S’il ne l’a pas inventé, Euripide a exploité ce détail dans un Protésilaos perdu corps et biens.
   René Sance se croit obligé de préciser :
   — Il faut arriver à notre époque pour ne pas être choqué par ce genre de produit. Les fabricants font plus confiance à notre imagination en offrant des poupées gonflables et des jouets pour les dames.
   L’on se croirait dans une chambrée. Luc Taireux essaie d’élever les débats.
   — Il ne faut pas tirer un trait sur l’apparence physique, qui sert de support à toutes les chimères que l’on tisse à partir de l’être aimé. Ces doubles délicieux  disparaissent au gré de nos béguins successifs. Rien à voir avec les gaietés que nous nous offrons pour calmer un frisson… Disons que le délire d’Admète est aussi peu scandaleux que celui de Laodamie.
   Claudie Férante a toujours des citations dans sa besace :
   — Admète semble se faire de la vieillesse une image bien plus noire que Phérès.  Il ne comprend pas son refus, ni qu’il y ait des vieillesses aimables. La vieillesse nous attache plus de rides en l’esprit qu’au visage, cette belle formule prouve au moins que les plus grands esprits savent faire joliment passer les pires platitudes.  Phérès fait justement remarquer que l’on ne vit que pour soi, aussi dévoué soit-on, et ne tient pas à se voir lui-même séparé de sa femme quelles qu’en soient les raisons… Combien de temps a-t-il vécu, Euripide ?
   — Soixante-douze ans, dit Marie Verbch. Eschyle quatre-vingt-un, et Sophocle quatre-vingt-dix. Si les gens mouraient jeunes, c’est statistiquement. Les survivants étaient solides.
   — Les gamins d’Alceste sont des enfants. Leur père ne doit pas avoir beaucoup plus plus de trente ans, leur mère sans doute moins Je donne au géniteur d’Admète entre cinquante-cinq et soixante ans. Ce n’est pas encore : je n’ai plus que les os, un squelette je semble… La rage du futur veuf est à peindre. Comme si l’on devait céder la place quand on ne peut plus faire d’enfants. Ce père a fait de son fils un gaillard, bien vu des dieux, des demi-dieux ainsi que de ses semblables, et lui a donné un grand royaume avec de nombreux sujets. Il serait peut-être glorieux de mourir pour que son rejeton puisse continuer à caresser sa chérie, mais il a gagné le droit de vieillir tranquille. Le mien, de père, a gâté sa jeunesse parce que les pinardiers de la Mitidja, étaient hostiles à toute réforme. La jeunesse est insouciante, les vieux irresponsables.
   René Sance se sent d’humeur badine.
   — Je comprends parfaitement la colère de ce noble vieillard : il ferait beau voir qu’il se sacrifie. Quand un croyant veut faire un exemple, il envoie un adolescent bardé d’explosifs sur un marché. On ne moisit dans les tranchées qu’entre dix-neuf et quarante ans. De profonds penseurs expliquent les guerres par ce qu’ils appellent le syndrome d’Abraham. Il faut que le Seigneur arrête le bras d’un patriarche prêt à égorger son fils pour montrer sa bonne volonté. Les musulmans oublient volontiers qu’Ibrahim n’a pu sacrifier Ismaël. Ils devraient s’en souvenir, puisque c’est en cet honneur qu’ils égorgent un mouton le jour de l’Aïd. On peut s’attendre à tout de gens qui font sauter des mosquées, ou brûler une église à Béziers. La première croisade fut celle des enfants. Ce devait être beau de les voir taillés en pièces à chaque étape de leur voyage… du moins ceux qui n’y restaient pas en chemin. Le monothéisme est une belle chose, les monothéistes font des dragonnades, et rasent les tombeaux de leurs saints à Tombouctou.
   Ce discours réveille un instant les humeurs anticléricales de l’assistance. Nicolas Siffe tient à rappeler qu’on n’est plus au temps du petit père Combes.
   — Un bon roi se doit de recevoir comme il faut le voyageur qui passe. Je vous ferai perdre du temps en vous débitant les exemples qu’offrent les œuvres du Moyen-Âge. On en trouve de magnifiques chez les plus anciens poètes : tout un village est englouti par les flots pour ne pas s’être montré aussi accueillant que Philémon et Baucis, les habitants de Sodome et de Gomorrhe disparaissent sous les flammes pour avoir exigé de Loth qu’il leur livre les anges qu’il héberge… Les fondamentalistes d’Israël devraient se rappeler les textes sur lesquels ils s’appuient : tu respecteras l’étranger car tu as été toi-même étranger au pays d’Égypte. Je cite de mémoire, et ma mémoire est défaillante. On n’a jamais demandé aux descendants d’Isaac d’égorger ceux d’Ismaël. Ni à ceux d’Ismaël de faire sauter les tours jumelles de New-York. Autres temps, autres mœurs. Quant à ouvrir ses portes à l’étranger… oublions notre époque. Apollon a été si bien traité par Admète qu’il est prêt à lui rendre tous les services. Un serviteur affirme qu’Alceste a été une mère pour lui. Il suffit de regarder Les Temps Modernes pour voir comment Ford traitait ses ouvriers. Chrétien de Troyes s’indigne de la façon dont on fait travailler des tisserandes dans Le Chevalier au Lyon. On se croirait aux filatures de Manchester. Si nous sommes incapables de comprendre pourquoi Admète fait en sorte qu’Héraclès puisse gueuletonner à son aise, pendant qu’il conduit son épouse au bûcher, ne nous en prenons qu’à nous-mêmes. En ne voulant pas gâter son plaisir, Admète l’expose à passer pour un goujat, et mérite qu’on le fasse tourner en bourrique avant le dénouement.
   Marie Verbch trouve utile de s’attarder sur un point secondaire.
   — Il importe de définir exactement les attributions d’un Dieu. Les Olympiens se sont partagé le monde connu, et ne peuvent mettre en cause les privilèges de chacun. Si Apollon menace les Érinyes avec son arc, dans Les Euménides, c’est qu’elles ont pénétré dans son temple. Il peut faire boire les Moires qui président à nos destins, jusqu’à ce qu’elles ne sachent plus où elles en sont, il ne les y a pas forcées. À chacun ses prérogatives, elles sauvent la face en exigeant qu’Admète trouve un remplaçant. En tout cas, la Mort ne se dérange jamais pour rien : quand elle emmène Alceste, aucun dieu ne saurait s’y opposer. Apollon ne peut que se retirer pour éviter d’être souillé par un cadavre. Héraclès n’est qu’un demi-dieu. Ce que Zeus ne peut se permettre, son fils, né d’une mortelle, peut le faire, et le fait. Il n’a pas de ces scrupules, on l’envoie tuer un aigle, pour sauver la face, on ferme les yeux quand il s’aventure chez Hadès sans qu’on le lui demande. Notre Père, ne pouvant que châtier les méchants, et donner un coup de main aux justes, a eu un fils chargé de sauver tous les hommes. C’eût été parfait si ses interprètes n’avaient pas passé leur temps à se battre comme des charretiers.
   Fred Caulan revient à ses moutons, c’est à dire à ses sujets préférés.
   — Personne n’est parfait. Le meilleur des hommes — si l’on s’en tient à ce que disent Apollon, puis Héraclès — peut être amené à se comporter d’une façon discutable.  Il suffit d’un petit coup de pouce, la possibilité de rester vivant. Ô vous qui ne sentez pas, qui ne touchez pas, respirez cet encens, touchez ces offrandes… Ne donnez jamais à personne la possibilité de laisser mourir quelqu’un d’autre à sa place. Qui choisir ? L’on pense à ses parents, dont l’amour va de soi.  Ils ont pour l‘heure assez vécu.  Apollon ne voit pas dans quelle situation il met son maître. Cet honnête homme devient un monstre, qui ne tolère aucun refus. Alceste une fois morte, il serait de bon ton de la conduire proprement au bûcher. Les lamentations vont de soi, le coryphée et le chœur jouent le jeu, c’est Admète qui ne le fait pas en s’en prenant à son père dont la présence est naturelle. Le bon roi ne cache plus son instinct de conservation, et les aspects les plus crus de sa libido. Au moment de sa mort, Alceste n’a songé qu’à ses enfants. Admète ne pense plus qu’à lui-même, à son chagrin et à sa frustration. Le souci de sa réputation, après, tombe comme une araignée dans une jatte de crème. Au moins, est-il lucide quand il imagine ce qu’on dira de lui.  Ego sur-dimensionné, souci excessif de son image, désir de conserver sa niche, femme aimante et aimable, enfants, considération de ses parents, toutes choses qu’il récupère au moment précis où il ne les mérite plus. Je ne sais si cette pièce est tragique. Elle multiplie les situations gênantes pour son hôte, pour ses serviteurs, pour son père. La démonstration d’Héraclès ne sauve que les apparences. Est-ce vraiment une tragédie ?
   — Fausse question, pièce ambiguë, dit Marie Verbch. Après une trilogie non liée, celle-ci tient la place d’un drame satyrique, ce qui pose un problème à ceux qui veulent s’en poser. Héraclès semble un autre Falstaff, plus fort que Silène. L’altercation entre le fils et le père frôle le ridicule. La mystification d’Héraclès fait d’autant plus sourire qu’elle ne trompe que la victime. Une pièce noire ou grise peut bien se terminer. L’Orestie s’achève par l’acquittement d’Oreste,. Si nous disposions de plus de drames satyriques, et en bon état, nous saurions de quoi nous parlons. Euripide n’aura pas été le dernier à mélanger les genres. A-t-il seulement été le premier ? 

***

 
Fred Bibel a non seulement traduit l'Alceste, d'Euripide mais sacrifiant à la modes des séries, il lui a donné une sequel, comme on l'écrit de nos jours :


ALCESTE  14
 
 
     CLIO
   On dit que je suis la plus sérieuse des Muses. Les historiens prennent tant de libertés avec les faits, que je préfère me présenter en gigolette prévenante, ouverte, si j’ose dire, à toutes les suggestions. Ce n’est pas ainsi que l’on se représente Clio, en général ; prenez-vous en à ceux qui se réclament de moi… La mythologie est plus souple : on admet plusieurs versions de la même histoire.
   Il faudra vous habituer à l’idée qu’une femme puisse s’appeler Alceste. Molière en a fait un homme peu fréquentable, intransigeant, raisonneur, qui n’a rien à voir avec cette aimable matrone. Soucieuse d’épargner à l’auteur le soin d’exposer son sujet, je vous sers un prologue en guise d’apéritif. Les anciens tragiques ne se gênaient pas, non plus que les baroques dont on fait des classiques. Dans l'Amphitryon de 1668, Mercure dit à La Nuit que le maître des Dieux Aime à s’humaniser pour des beautés mortelles, dans celui de 1929, le trente-huitième selon l’auteur, il dit à Jupiter : Empruntez la forme du mari. Mais je m’égare… Il n’est pas question d’Amphitryon, mais d’Alceste, l’épouse d’Admète. La scène se passe en Thessalie. L’auteur a retenu la version d’Euripide, à ceci près qu’il imagine la suite. S’il a intitulé la sienne Alceste 14, ce n’est pas qu’il y en ait eu treize autres, mais parce qu’il l’a simplement écrite en l’année 2014 de notre ère. Apollon y est encore condamné à servir un mortel, Admète en l’occurrence.
   Il ne se contente pas de garder ses bœufs, il lui permet de conquérir Alceste, la fille de Pélias. L’on était prié de venir présenter sa demande sur un char tiré par un lion et un sanglier. Ce n’est pas difficile quand un dieu y met du vôtre. Le bon roi épouse le tendron dont il fait une matrone. Il semble que leur amour ait résisté au temps, ainsi qu’à la naissance d’une progéniture que l’on pouvait confier à des servantes pour les tâches les plus ingrates, essuyer les pleurs et les derrières, laver les langes. Tout aurait donc baigné dans l’huile du bonheur, s’il n’y avait eu les Moires, autrement dit les Parques, les trois sœurs qui démêlent, déroulent, et coupent le fil de notre vie, l’œil fixé sur le calendrier du destin. Admète doit mourir. En saoulant les filandières, Apollon dérègle la machine, et gagne un peu de temps. Admète ne mourra pas, s’il trouve quelqu’un pour mourir à sa place. Comment présenter la chose à ses amis, à ses parents ? Ni le père ni la mère ne veulent en entendre parler. C’est la belle, la douce, la tendre, l’intrépide Alceste qui se porte volontaire. Rage du mari, plus que jamais amoureux : il s’en prend à son père, le jour des funérailles, en des termes… S’il n’y avait eu Héraclès, descendu chez le veuf entre deux exploits… Le fils de Zeus arrache la défunte à la Mort. Tout rentre dans l’ordre, semble-t-il, à ceci près que ce qui est fait est fait, et que ce qui est dit reste fiché dans les mémoires.
   Héraclès a promis de repasser s’il survit à son dernier travail. Il est là, frais, dispos, et s’attend à trouver des visages riants. Je cède ici la place à ma sœur Thalie, car c’est une comédie.

*

     THALIE
   Que voulez-vous que j’ajoute ? Je suis là pour lever le rideau, comme une vulgaire machiniste. Vous trouverez la famille attablée. La voilà, la famille attablée !
 
I

     COVILLE
C’est Héraclès…

     HÉRACLÈS
Il n’a pas besoin d’être introduit, il s’introduit tout seul.

     ADMÈTE
Et il fait bien, c’est ainsi qu’il faut en user avec ses amis, pose là ta massue, ton arc et ton carquois… Laisse moi te serrer dans tes bras… Ne serre pas si fort, je ne suis pas la Mort.

     HÉRACLÈS
Elle faisait une tête… Ça ne se voyait pas trop, elle la fait toujours… Une côte brisée, et elle lâche prise. J’ai cru un moment que le combat était truqué. Perséphone se laisse facilement attendrir. Elle a dû lui demander de ne pas trop résister.

     ADMÈTE
Ne fais pas ton modeste, et viens t’asseoir… Une amphore, Coville, et sans glaçons. Le vaillant Héraclès ne met jamais d’eau dans son vin.

     COVILLE
Je sais… Sitôt dit, sitôt fait.

     HÉRACLÈS
Tes coussins sont un peu trop moelleux… Je vous sens un peu contraints… Ça ne respire pas la joie…

     ALCESTE
Il n’y a en a pas deux comme toi ! Cet art exquis de mettre les pieds dans tous les plats qui passent ! Tu nous manquais ! Nous ne vivons pas comme toi dans un état d’éternelle jubilation, entre les coups durs. Nous ne sommes que des hommes, et pas des fils de Dieux… Nos bonheurs sont platement sereins.

     HÉRACLÈS
Je suis peut-être une brute, mais pas tout à fait sot. Je sens… comment dire… comme du mou dans les cordages… Ce n’est pas mon affaire…

     ALCESTE
On ne le dirait pas, mais je salue ta bonne volonté. Tu ne peux dissiper les petits nuages qui rendent nos embellies si douces.

     HÉRACLÈS
Ce nuage-là me semble un peu plus menaçant.

     ALCESTE
On ne peut écraser des moucherons avec une massue.

     HÉRACLÈS
Tu me ferais passer pour un butor.

     ADMÈTE
Nous sommes mieux placés que quiconque pour reconnaître que tu n’en es pas un : quand tes amis désespèrent, tu agis en conséquence, on voit le résultat.

     HÉRACLÈS
On ne le voit pas assez à mon goût… Phérès, ton noble père, s’agite, comme s’il avait quelque chose sur le cœur. S’il est un privilège que l’on ne peut interdire aux anciens, c’est de ne rien vouloir garder pour eux.

     PHÉRÈS
Tu n’ignores pas que mon fils, mon propre fils, m’a demandé de mourir à sa place…

     HÉRACLÈS
Je le savais… Tu avais accompli toutes les les tâches que tu t‘étais fixées, tu méritais de jouir d’une vieillesse douce. Je comprends ton indignation, elle n’est plus de mise.

     PÉRICLYMÈNÉ
Figure-toi, noble Héraclès, que mon propre fils, que j’ai mis au monde, voulait nous chasser, son père et moi, du palais que nous lui avons cédé, de notre vivant, et nous réduire au dénuement, dans la cité que son père lui a laissé.

     HÉRACLÈS
Un geste d’humeur, sans doute ; lorsque l’on désespère… Une mère comprend tout. Elle est là pour ça … Périclyménè… Soit dit sans te vexer, j’ai du mal à retenir ton nom, et à le prononcer, comme ça, sans réfléchir.

     PHÉRÈS
Si Alceste n’avait plaidé notre cause, et menacé de nous suivre, nous étions à la rue. Elle mérite tout ce que m’on fils a fait pour la conquérir. C’est lui qui ne la mérite pas…

     PÉRICLYMÈNÉ
Parlons-en, de ce qu’il a fait ! Apollon lui a fourni le char et l’attelage, le sanglier et le lion bien arrimés au timon.

     HÉRACLÈS
L’amphore c’était bien, Coville, un joli bruit quand on débouche l’ouverture, et un bouquet… c’est sûrement du Thasos ; mais que veux-tu que je fasse d’une coupe ? Apporte-moi un cratère; je n’apprécie pas trop le mélange aqueux et glacé qui leur fait lever les yeux au ciel. Je le veux tel qu’il est. Quand nous aurons bien mangé et bien bu, si vous le voulez bien, je m’entretiendrai avec chacun d’entre vous, seul à seul… Ne crains rien, Périclymèné, je respecte ton âge. Et toi non plus, Alceste, je respecte trop ta vertu. Pas besoin de faire cette tête, Périclymèné, je connais aussi ta vertu, et tu as de beaux restes.

     ALCESTE
Toi, au moins, tu sais parler des femmes aux femmes, Héraclès… Je ne sais si tu mesures l’ampleur de la gageure. Une famille, c’est comme une hydre dont on ne saurait couper toutes les têtes d’un coup. C’est une rude tâche… Bon courage, Héraclès, mangeons gras et buvons sec. Jouissons du plaisir d’être ensemble et parle-nous de toi. Les aigreurs familiales, ça gâte les meilleurs mets.


II
 
     HÉRACLÈS
Nous voici seule à seul, asseyons-nous tous les deux à un bout de la table. Cela accentuera la solennité de notre entretien. Tu as été une tendre épouse, une mère affectueuse, une grand-mère exemplaire, jusqu’à ce fameux jour… où j’ai bien travaillé. Il m’étonnerait que tu aies perdu toutes ces qualités en une seule journée…

     PÉRICLYMÈNÉ
Je suis toujours une épouse attentive, et une grand-mère comme on les aime. Notre ménage est même devenu plus harmonieux, depuis que nous nous nous entendons parfaitement sur un point.

     HÉRACLÈS
Je devine lequel. Confie-le moi, que je voie si je me trompe…

     PÉRICLYMÈNÉ
Tu ne te trompes pas.

     HÉRACLÈS
Mais encore ? C’est si bon de parler d’un fils indigne…

     PÉRICLYMÈNÉ
Indigne c’est peu dire…

     HÉRACLÈS
Tu vois bien, quand tu veux…

     PÉRICLYMÈNÉ
Je suis la reine mère, autant que sa maman.

     HÉRACLÈS
Tu as le port d’une reine, et les yeux d’une maman. Poursuis donc… Je suis convaincu de ta dignité, des droits que te donne ton rang, et tu portes à ravir tes qualités de mère et d’aïeule…

     PÉRICLYMÈNÉ
J’ai peut-être eu tort de le chérir, de le pousser, nous n’avions que lui… Tu vas chasser le sanglier de Calydon avec tes camarades, tu es un homme ! Tu t’embarques sur le navire Argo avec Castor et Pollux, avec Orphée qui chante mieux que les sirènes, avec des enfants de Borée, d’Arès, de Zeus, d’Hermès, Atalante, toi-même, rien que du beau monde… Si tu savais comme j’étais fière… Et il était fier que je sois fière, tout content de mériter ma tendresse. Il n’avait pas besoin de harceler ses sujets pour qu’on sache qu’il était un bon roi, ni ses serviteurs pour montrer qu’il était un bon maître, Apollon en a été si émerveillé qu’il ne s’est pas contenté de garder nos troupeaux. Est-ce pour l’éprouver qu’il a saoulé les Moires ? Tu connais la suite… Un homme de bien aurait chaleureusement remercié un dieu si obligeant, et se serait excusé de ne pouvoir accepter son cadeau. Trop amoureux de sa femme pour ne pas se résigner à la combler de ses assiduités ? Je ne sais… C’est en de telles rencontres qu’on connaît un héros. Quand il s’est mis à solliciter ses amis, j’ai à peine reconnu mon fils ; quand il en est venu à son père, j’ai eu comme un haut-le-cœur ; il est allé jusqu’à me cajoler, en m’appelant maman… L’on ne renonce pas à la vie pour un tel misérable. Je ne sais si Alceste s’est proposée pour lui faire la leçon, ou ne pas avoir à le pleurer… C’est difficile de trouver un tel monstre d’égoïsme, autant gagner le royaume d’Hadès où elle pourra rêver à ce qu’il semblait être. Mon époux est venu, comme il se devait de le faire, offrir à la morte une belle parure. Je n’évoquerai pas la façon dont il nous a reçus. Quel droit avait-il de refuser un don fait à une morte ? Les vivants prennent de ces libertés !… Les morts n’appartiennent à personne, quoi qu’on dise !… Il nous priait de déguerpir, il nous reniait, nous annonçait tout uniment que nous n’aurions plus à compter sur ses soins…

     HÉRACLÈS
Comme toute bonne mère, tu portais ton fils aux nues. Les dieux ne valent pas mieux, aussi puissants soient-ils. Mon père n’a pas hésité à prendre l’apparence de l’époux de ma mère pour satisfaire ses grossiers appétits. Tout ce que l’on peut le faire, on le fait ; les dieux, comme les princes le montrent bien assez. Ton fils a été un roi comme on en fait peu, aussi bon que son père, ce qui n’est pas peu dire. Tu peux lui excuser un moment de faiblesse…

     PÉRICLYMÈNÉ
Je ne demande pas mieux. C’est un bon garçon. Mais il semble parti pour nous faire la tête jusqu’à notre dernier soupir. Qu’il n’aille pas prétendre que c’est nous qui alourdissons l’atmosphère.

     HÉRACLÈS
Tu n’as donc rien à lui reprocher, mise à part sa tête de tous les jours.

     PÉRICLYMÈNÉ
Sa rancune est tenace.

     HÉRACLÈS
La tienne le sera moins… Je te remercie, Périclymèné, Je te libère… Tu pourras dire à ton époux que je l’attends.


III
 
     PHÉRÈS
Je ne sais pas ce que tu as dit pour réconforter Périclymèné…

     HÉRACLÈS
C’est le monde renversé : on n’envoie pas les vieillards, mais les jeunes gens au combat. Les vieux ont fait leur temps, ils aspirent au repos à la seule condition que ce repos ne soit pas éternel. Qu’un fils ose demander à son père, non pas de risquer sa vie — quand on aime, on le fait — mais de mourir à coup sûr, cela dépasse l’entendement.

     PHÉRÈS
Je ne te le fais pas dire.

     HÉRACLÈS
Tu devais être indigné.

     PHÉRÈS
Même pas : atterré. Ce ne sont pas des choses qu’un fils peut demander à son père. Je n’aurais pas hésité un instant à risquer ma vie pour lui… à la risquer, pas plus… J’aurais souffert mille tourments, plutôt que de le trahir. Mais là… Écoute, papa… les Moires vont trancher le fil de ma vie… — C’est affreux ! Je n’aimerais pas que l’on me prévienne… — Apollon les a bien saoulées pour retarder l’échéance — Tant mieux… — mais il n’a réussi à gagner qu’un jour… — Mon pauvre garçon ! — Je pourrai cependant reprendre ma vie comme devant… — Si… —Si quelqu’un veut bien prendre sa place. J’ai pensé à toi — Trop aimable ! — Je sais que tu m’aimes… — Pas au point de partir, comme ça, au débotté. Ce ne sont pas des choses qu’on demande à un père… à un ami peut-être — Ils ont refusé — Je les comprends… Ce qu’un ami vous refuse, on peut le demander à un père… Aurais-tu perdu la tête ? J’espère que tu n’es pas allé voir ta mère avant moi… — C’est que c’est maman — Bref, tu aimes mieux faire d’elle ma veuve, que de moi un veuf. — Si tu le prends comme ça… — Il est allé trouver sa mère, le fumier…

     HÉRACLÈS
Sa mère n’y pense plus…

     PHÉRÈS
C’était un enfant attachant, un fier gaillard, moins arrogant que les enfants de son âge, hardi sans en faire tout un plat. J’ai peut-être eu tort de me présenter aux funérailles. Qu’aurait-on dit, si je n’y étais pas allé ?… Il s’est emporté à un point… j’en avais honte pour lui… mais je ne suis pas du genre à m’en aller la queue basse… Je lui ai dit son fait… Bref, on ramène son épouse, il est heureux, mais pas au point de nous supporter à sa table, ni au palais que nous lui avons donné. Alceste en a été un peu interloquée, et déçue. Elle l’a menacé de partir, et pour de bon, si nous partions. Et pour lui mettre un peu de baume au cœur : C’est pour mieux retrouver l’homme que j’aime tant. Un dernier argument ? Ou pensait-elle ce qu’elle a dit ?

     HÉRACLÈS
Elle pensait surtout à elle. Il est si facile de prendre en grippe l’homme qui partage votre couche. Il suffit qu’il vous ait procuré un peu de plaisir. L’on craint qu’il vous en donne moins après une infamie. Il avait ses raisons quand il croyait la perdre, on dit n’importe quoi. Elle veut simplement retrouver le bon roi qui n’aurait jamais conçu l’idée de chasser ses parents de son toit. Ne fais plus aucune allusion à cette lamentable algarade, et tout ira bien mieux. Il y a des moments où l’on doit prendre sur soi.. Je te remercie, Phérès. Envoie-moi Alceste.


IV
 
     HÉRACLÈS
Ton mari ne connaît pas son bonheur. Je ne me lasse pas de te regarder.

     ALCESTE
Il ne le connaît plus. Moi non plus.

     HÉRACLÈS
Comment se sont passées vos retrouvailles ?

     ALCESTE
Le mieux du monde, à ceci près qu’il a voulu les répéter encore et encore, comme s’il craignait de me perdre à nouveau. Je le savais prévenant, je le découvrais assidu. Il arrivait naguère des soirs où nous ne… Tu dois m’entendre à demi-mot.

     HÉRACLÈS
J’entends fort bien. Il n’est plus rassuré si chaque jour ne lui apporte plus sa ration de plaisirs attendus.

     ALCESTE
Je n’aurais pas mieux dit. J’ai accepté de mourir, pour ne pas me retrouver seule, pour ne pas me ronger en me rappelant les… attentions de mon époux. Il n’y a en ce monde aucun homme capable de me le faire oublier. Même celui qu’il est devenu.

     HÉRACLÈS
Il en a autant à ton service : il a pensé un moment à faire modeler une effigie à ton image. Il embrasse à présent autant ton effigie que ton corps. S’il retrouve ton corps, il oubliera l’effigie.

     ALCESTE
Tu dis grossièrement des choses délicates.

     HÉRACLÈS
Ne te méprends pas. Il y a peu d’époux qui font tout pour qu’on les trouve aimables.

     ALCESTE
Tes yeux s’allument, et ce n’est pas parce que tu me regardes…

     HÉRACLÈS
Je t’envie. Avec ma force, et mes exploits, elle se pressaient à ma porte. Tu sais ce que c’est. On ne se contente pas toujours de ce que l’on a. Demande à Déjanire. Elle en oublie que j’ai terrassé un fleuve immonde pour la mettre dans mon lit… Même celles qui voulaient… c’étaient les autres qui m’attiraient. Si tu savais combien de portes j’ai forcées. Ah ! Là ! Là  ! Ça fait des souvenirs… Elles voulaient être à la hauteur de ma réputation.

     ALCESTE
Je ne veux pas savoir.

     HÉRACLÈS
Bien des époux retournent à leur moitié comme l’âne à sa meule. Ils forcent régulièrement la porte conjugale, et trouvent ça normal.

     ALCESTE
Tu deviens dégoûtant.

     HÉRACLÈS
Rien ne vaut dans ce monde qui ne soit un peu dégoûtant.

     ALCESTE
Parlons plutôt de lui et de moi.

     HÉRACLÈS
Vous avez tout pour vous plaire, et vous ne vous plaisez plus qu’à moitié. Tu préfèrerais estimer ton mari. Mais il est estimable ! Il s’accroche seulement à ses rancunes. Ça l’empêche d’être à ce qu’il fait. Un bon coup de balai sur cet esprit confus, tu le retrouveras.

    ALCESTE
Tu peux le faire ?

    HÉRACLÈS
Je peux le faire. Envoie-le moi…

 
V
 
     ADMÈTE
Que fais-tu avec ta massue ?

     HÉRACLÈS
Fais attention ! Tu me l’as fait lâcher.

     ADMÈTE
À deux doigts de mes orteils !

     HÉRACLÈS
Oublie tes orteils, écoute-moi… Ça va ? Tu es remis de cette petite émotion ?

     ADMÈTE
Petite ? Tu en as de bonnes ! Je t’écoute.

     HÉRACLÈS
Pour qui serais-tu prêt à sacrifier ta vie ? Pas besoin de répondre. Ni pour un ami, ni pour un père, ni pour une mère, ni pour ta femme…

     ADMÈTE
Que veux-tu dire ? Tiens-tu à me faire la leçon ?

     HÉRACLÈS
Pas le moins du monde. Personne n’est mort, on t’a rendu ta femme. Si tu savais le mal que je me suis donné pour te la ramener… Tu devrais être heureux, béat, tranquille, tu ne devrais plus songer à ce qu’on n’a pas fait pour toi, mais à ce qu’on a fait. Et qu’est-ce que je retrouve ici ? Des visages tendus. Pour une seule raison, un reste de rancune.

     ADMÈTE
C’est que… Fais attention, avec ta massue…

     HÉRACLÈS
Je ne sais ce qui me retient de te froisser une côte ou deux. Alceste est une sainte femme, bien plus hardie que ton père et que ta mère, et plus hardie que toi. Ne lui gâche pas son plaisir, ça te fera retrouver le tien. Tu étais un bon roi, un bon fils — oui, j’insiste — estimé de tout le petit personnel, au point de t’attirer les bonnes grâces d’Apollon, un bon père, et un époux exquis. Veux-tu tirer un trait sur tout cela ? Tu sais comment je suis quand on me fait de la peine, ça me met en colère. Rien ne vous empêche de retrouver l’harmonie qui régnait dans cette demeure, il n’y a qu’un obstacle, toi !

    ADMÈTE
On ne contrôle pas ses sentiments…

     HÉRACLÈS
Mais on peut réfléchir… Tu savais te dominer avant de ne pas mourir… Ça devrait te suffire de ne pas être mort… Tu écoutes tes sentiments… Mets-toi un peu à la place des autres… Cela valait-il la peine qu’Alceste se sacrifie ? Que le fils de Zeus se batte avec la Mort pour te la ramener ? Rentre en toi-même Admète, juste quelques secondes… Ne dis rien… Passe un plumeau dans les recoins les plus poussiéreux de ton cœur… Tu vois ?… Retourne près des tiens… Ne pensez plus à moi… Ne pensez plus qu’à vous…
 
*


     THALIE
C’est plus facile de descendre un rideau que de lever. Si vous voulez mon avis, c’est là le plus grand des exploits qu’ait accomplis le fils de Zeus.

***
texte René Biberfeld 2014 - Image © Orient Industry
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