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Sophocle
       

        SOPHOCLE

Ajax                               Les Armes d'Achille
Oedipe roi                     L'Infaillible
Antigone                       La Raison du Prince
Les Trachiniennes       La Tunique de Nessos
Philoctète                      L'Arc et la Plaie
Electre                            Ce que veulent les Femmes
Oedipe à Colone          En Terre étrangère
          ESCHYLE
Prométhée enchaîné    Mises en chaînes
Les Perses                      Le Ressac
Les Suppliantes           A l'Ombre des jeunes filles...
Agamemnon                 La mise à Mort
Les Choéphores           La Mère coupable
Les Euménides             L'Esprit des Lois

                            EURIPIDE

Le Cyclope                  La Raison du plus faible
Alceste                          La Mort en ce Palais
Médée                           Une Femme humiliée
Les Héraclides             Sans merci 
Hippolyte                     Les Malheurs de la Vertu
Andromaque                La fillette à son papa
Hécube                          Cruautés publiques...
Héraclès                        Divines interférences
Les Suppliantes           Le fossoyeur patriote
Ion                                  L'enfant du miracle
Iphigénie en Tauride  La rectification
Electre                           Un jeune homme providentiel
Les Troyennes             Malheur aux vaincues
Hélène                           La belle que revoilà...
Les Phéniciennes        La mort en héritage
Oreste                            Emportés par la foule...
Les Bacchantes           La fête à Dionysos
Iphigénie à Aulis        La précaution inutile

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SANS MERCI


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Iolaos et un des enfants d'Heraclès
Iolaos et un des enfants d'Héraclès
      Dans cet écrit, il est fait référence à la nouvelle traduction des Héraclides d'Euripide par Fred Bibel.


    On a offert un sac de haricots noirs au maraîcher, il en a planté deux rangées dans sa serre, pour voir, et demandé à son épouse de préparer toute une platée pour les philosophes du potager. Il y faut un chouriço de chez le Portugais du marché Victor-Hugo, une belle joue de bœuf coupée façon bourguignon (pour la gélatine et le moelleux) il fournit les carottes, la viande sera dorée avec les oignons, au fond du faitout, l’on déposera le chouriço et une bonne quantité de haricots noirs là-dessus, une bonne couche de carottes, saler, poivrer, thym, laurier, de l’eau froide par-dessus, recouvrant les couches successives, ébullition, longue cuisson à petit feu.
   Il est question des Héraclides, autrement dit des fils d’Héraclès, dont Eurysthée, le roi de Tyrinthe, veut la peau.  Il a déjà forcé leur père à exécuter douze travaux dont il n’aurait pas dû revenir. Rendu fou par Héra, le fils de Zeus a tué sa première femme et ses enfants. Il a été condamné à servir douze ans chez Eurysthée. Douze ans, douze travaux. Le compte y est. L’on comprend mal que ce méchant roi, après avoir exilé les enfants de son souffre-douleur, les empêche de s’établir ailleurs. Le protocole est le même, les fugitifs se présentent en suppliants, et, au moment où l’on va les accueillir, Eurysthée se présente, avec des troupes nombreuses. Une seule cité ne s’est pas laissé impressionner, Athènes où règne le fils de Thésée. On interroge les oracles, qui précisent que les troupes athéniennes l’emporteront si l’on sacrifie une fille de bonne famille. Une enfant d’Héraklès se présente : on lui tranche la gorge en grande cérémonie, les Athéniens écrasent l’armée des Argiens. On livre Eurysthée à Alcmène, la mère du demi-dieu, qui le fait mettre à mort, malgré les fortes réticences d’Athènes, ce qui est, pour le moins, indélicat.
   Le maraîcher a pondu une pièce de circonstance :
 
        Avoir une demi-dieu parmi ses domestiques
        Savourer ce plaisir pendant au moins douze ans
        Cela ne suffit pas à un roi si puissant
        Un larbin qui se joue des tâches prosaïques
 
        Comment lui faire sentir le poids de la trique
        Il faut impose lui imposer des travaux éprouvants
        Avec un peu de chance il crèvera avant
        Pour en venir à bout fallait une tunique
 
        Il reste ces enfants dont il a pris ombrage
        C’est d’un petit esprit de croire son prochain
        Affligé d’un esprit aussi bas que le sien
        Il les pourchassera jusqu’à ce qu’on les livre
        Ils peuvent supplier en tout temps en tout lieu
        Il écume et sa meute en aboyant l’enivre.
 
   – J’attendais un peu mieux, dit Fred Caulan, mais il a bien vu la rage dont la pièce est baignée, celle d’Eurysthée, et celle d’Alcmène à la fin. 
   La femme du maraîcher prend d’emblée le crachoir, puisque c’est elle qui préside :
   – La mise en place est simple : la scène se passe à Marathon, ce qui ne peut que flatter le public Athénien. L’on voit un temple et un autel de Zeus couvert le guirlandes et de bandelettes. Iolaos, le vieux compagnon d’armes d’Héraclès, nous conte les misères d’une petite troupe de fugitifs placés sous sa houlette. Deux vieillards la conduisent, il veille sur les garçons, Alcmène sur ses petites-filles. Les garçons ne pipent mot. Un geste doit suffire pour évoquer leur présence. Survient un héraut qui entend ramener à Argos le vieillard et les enfants, les vieillards de Marathon sont alertés par les cris. Chacun s’explique : en tant que citoyens d’Argos les fugitifs dépendent d’Eurysthée. Arrive enfin Démophon, le fils de Thésée. Le héraut parle en maître, il exige qu’on lui remette les suppliants et offre l’amitié de son prince, et de toute son armée. Je ne sais pourquoi, j’ai pensé au Matamore de l’Illusion Comique. Ça sent l’hybris à plein nez, le bonhomme veut imposer à un roi, sa volonté, et celle son maître supposé plus puissant que son interlocuteur. Démophon a le toupet de vouloir entendre les deux parties.  Les arguments du héraut sont méticuleusement réfutés par le vieillard. Par principe, on ne dicte pas sa conduite au roi d’Athènes, qui ne peut s’empêcher de glisser au passage qu’il ne règne pas en maître comme chez les barbares — et toc — la consultation populaire donne raison au vieillard, mais il y a un hic : c’est à dire un oracle qui annonce que les Athéniens ne l’emporteront à coup sûr que si on sacrifie une fille de bonne famille. Démophon n’est pas chaud, ses sujets non plus… Iolaos propose de se sacrifier, ce qui est grotesque, il n’est pas une jeune fille. C’est alors que Macarie se présente. C’est une fille d’Héraclès, on ne peut plus noble. Deux quartiers du côté du Zeus, je ne sais combien du côté de Persée. Son discours est ferme, émouvant de surcroît. Iolaos, réclame, avant l’engagement, qu’on lui donne des armes qu’il est incapable de porter jusqu’au champ de bataille. À peine s’il peut se porter lui-même : il doit s’appuyer à un serviteur. Il endossera sa cuirasse le moment venu, et il faudra le hisser sur son char. Déroute des Argiens, Iolaos part à la poursuite d’Eurysthée, en priant les dieux de le rajeunir au moins pour une journée. Zeus et Hébé descendent sur le timon de son char, chose faite. Heureusement que tout cela nous est conté par un messager, ça laisse reposer le deus a machina. On ramène Eurysthée à Alcmène, qui ne se connaît plus de joie. Petit os. On ne peut tuer à Athènes ses ennemis que sur le champ de bataille. Pas question de le faire après. Encore un coup d’hybris. Alcmène ne respecte pas les lois de la Cité qui l’a accueillie. Le coryphée comprend. Fabula acta est.
   L’on s’accorde à reconnaître que ce compte-rendu respecte l’esprit du drame.
   – En fait, la haine qu’Eurysthée a voué aux Héraclides, est antérieure aux travaux infligés à leur père, dit Lucie Biline Il n’était pas encore né qu’il avait de bonnes raisons de le haïr. Il descend, comme Héraclès, de Persée, il est le cousin germain en outre d’Amphitryon et d’Alcmène. Il aurait dû naître après lui. Pour avantager son fils, Zeus avait prédit qu’un descendant de Persée règnerait sur Tirynthe, Mycènes, et Midée, en Argolide. Héra s’arrange pour qu’Eurysthée naisse avant Héraclès. Ce qui fait de lui un grand prématuré, mis au monde à sept mois, peut-être un avorton. la tradition fait de lui un freluquet, tremblant presque de peur devant le héros condamné à le servir douze ans. Il est même incapable de lui notifier directement ses ordres. Il les lui fait passer par quelqu’un d’autre, et le somme de poser ce qu’il rapporte de ses travaux devant les portes de Mycènes.  La légende dit qu’il se serait fait faire une jarre de bronze pour s’y réfugier au cas où Héraclès ferait mine de s’en prendre à lui. Il me fait penser à un président qui, copieusement insulté par un homme juché sur une terrasse, lui dit : « Viens me le dire en face si tu l’oses »  alors qu’il est lui-même entouré d’une dizaine de gardes du corps. C’est une haine née de l’envie, qui ne peut s’assouvir que sur des êtres plus faibles, un vieil homme, une vieille, des enfants. Il parle fort parce qu’il a derrière lui toute une armée, celle de trois cités argiennes. Le public connaît cette histoire. Une vraie coalition contre une seule ville. Athènes n’est pas une ville comme les autres.
   Luc Taireux entend faire un sort à la crainte, affichée par Eurysthée, que les enfants d’Héraclès ne viennent un jour lui faire payer ses indélicatesses. Ce n’est pas qu’un prétexte, il y croit. Il demande à Alcmène, innocemment, si elle n’aurait pas agi comme lui, si elle avait été à sa place. Cette obstination à justifier une haine implacable contre des fugitifs qui n’en peuvent mais, mérite qu’on s’y attarde. Combien de fois a-t-il entendu, dans les tribunaux où on le somme à l’occasion de donner son avis sur l’état mental d’un accusé, cette phrase sublime : « C’est sa faute, après tout ».
   – Il ne faut pas oublier,dit Marie Verbch, que cette pièce est la plus décriée par la critique. Dans mon édition savante, je m’efforce de la réhabiliter. Pourquoi les Alexandrins ont-ils retenu celle-ci, dans une anthologie qui en compte dix-huit sur… quatre-vingt-douze, soit un peu plus du cinquième ?Pourquoi d’abord plus de pièces d’Euripide que des autres ? Le choix s’est fait à l’époque hellénistique, qui en tient, dans sa statuaire, pour le réalisme le plus cru. La pièce serait tronquée, une bonne centaine de vers ou plus aurait disparu. Une œuvre peut être revue au fil des représentations. Par exemple l’Andromaque de Racine, où le dénouement prend un autre sens pour mieux répondre au public féminin. Le personnage de Macarie est anonyme dans le résumé de la pièce. Quand on pense que son nom signifie la bienheureuse… Son personnage tomberait un peu trop à point, pour ajouter un peu de pathos. Surtout pour résoudre un dilemme. Alcmène n’évoque pas son sacrifice. Et si celui-ci expliquait la rage d’une mère blessée…. Eurysthée serait le seul, à part Macarie, à montrer un peu de dignité. Je noterai la prétérition initiale : je n’évoquerai pas l’influence d’Héra. Il lui est facile, après ça, de revendiquer la responsabilité de ses actes… Pourquoi cette pièce a-t-elle donc été choisie ? À nous de nous débarrasser de tous nos préjugés sur la manière d’Euripide. Alceste préfère être morte que veuve, plutôt que de tomber entre les mains d’un autre Thessalien, Médée a cet avantage sur les autres femmes, qu’on ne peut impunément la plaquer — combien de femmes ne souhaiteraient pas disposer de tels pouvoirs à ces moments-là, ou quand elles sont affligées d’un tyranneau sadique ? Macarie préfère se sacrifier plutôt que de subir les privautés qu’on inflige aux captives. Peu importent le rang, le pouvoir, il suffit de peu de chose pour faire de nous de pauvres diables. La grandeur, la noblesse ne sont que de vains mots. Je n’irais pas jusqu’à préciser que le fils de Thésée ne peut livrer des suppliants sans se montrer indigne de son sang et de sa race. Je m’aventurerai hors de mes plates-bandes, en parlant d’un Surmoi encombrant. Il retarde l’échéance en consultant son peuple, et, une fois convaincu qu’il disposera de combattants décidés, et de l’aide des dieux, il peut marcher au combat. Ce grand roi  montre qu’il n’est pas prêt à sacrifier une de ses filles pour mettre à l'abri les autres. Bienvenue, les héros, on entre dans le vrai monde.
   – Ce qui ne les empêche pas de préserver leur grandeur, susurre Lucie Biline, en savourant le plaisir de reprendre sa mentor. Vous vous êtes montrée bien plus réservée dans votre présentation. Cela dit, les critiques modernes ne devraient pas oublier qu’ils ont affaire à Euripide, qui n’aime rien tant que démythifier les dieux et les héros. Les autres ont leurs repoussoirs, comme Créon chez Sophocle, peut-être Zeus face à Prométhée, dans Eschyle. Je crains que le tombeau d’Eurysthée ne soit un clin d’œil à celui d’Œdipe à Colonne. Il est vrai que les Athéniens ont plaidé sa cause après le combat. Le discours d’Eurysthée a quand même de la gueule, pour quelqu’un qui se sait perdu. Alcmène ne peut franchement avouer qu’elle sacrifie un misérable qui ne peut se défendre, pour venger le sacrifice volontaire de sa fille. Elle met hors d’état de nuire un être impuissant, et se montre ainsi moins noble que sa fille. Tout se passe au ras du caniveau, avant l’arrivée de Macarie, et tout revient au ras du caniveau après, suivant les lois de la gravitation universelle. La frénésie du vieillard clopinant, incapable de porter ses armes jusqu’au champ de bataille, est aussi belle que risible. Il ne peut se hisser sur son char qu’avec l’aide d’Hyllos, pour partir à la poursuite d’un avorton qui ne pense qu’à décamper. Et il faut qu’Hébé et Zeus descendent en personne lui redonner une jeunesse éphémère. Iolaos pourrait le tuer, il préfère le ramener, suprême humiliation, chargé de chaînes, à la mère d’Héraclès. Eurysthée répète un oracle selon lequel son tombeau servira de rempart à Athènes, et repoussera les assauts des Héraclides, ce qui empêche évidemment d’abandonner son cadavre aux chiens comme le voudrait Alcmène.
   – Au moins, fait remarquer Fred Caulan, souligne-t-il l’effet de loupe que produit le pouvoir. C’est le rêve de tout bipède : quand on veut, on peut, et on fait. Xerxès croit pouvoir enchaîner le monde entier, il se trompe, mais il essaie, comme Aegyptos croit pouvoir s’emparer des Danaïdes. Les abus de pouvoir sont quotidiens. Les bons princes son rares. On les trouverait, selon les tragiques athéniens, à Athènes plus qu’ailleurs. Socrate, avant le procès de deux amiraux efficaces, se serait entendu dire par un citoyen qu’il essayait de ramener à la raison, je peux voter, je fais ce que je veux. Pas besoin de chercher plus loin la raison des votes dits nuisibles. On devrait relever certains propos des êtres les plus irréprochables chez Euripide. Qu’est-ce qu’on dirait de moi, si j’abandonnais les enfants d’Héraklès ? En tant qu’Athénien je ne puis livrer des suppliants à un sauvage qui est entré dans mes terres. Euripide adore dévoiler les ressorts les plus secrets des princes irréprochables. 
   Nicolas Siffe n’arrivait pas à se défaire d’une idée sur le succès d’Euripide chez les Alexandrins. Eschyle lui semble plus grand, Sophocle plus solide. Il a l’impression qu’Euripide travaille à fleur de peau, mais sait gratter où ça fait mal. Ses chœurs sont bien plus courts que ceux des deux autres, sans doute plus faciles à retenir. On ne chante guère du Mozart dans les rues de Vienne, les chœurs de la Neuvième Symphonie, sont juste bons à fournir un hymne européen ; le chœur des esclaves hébreux, dans le Nabucco, a servi de chant de ralliement quand l’Autriche occupait le nord de l’Italie, il a même failli devenir l’hymne national italien. On chante l’air du toast de La Traviata dans les mariages. En pleine époque wagnérienne, Verdi propose des tubes que l’on aime à reprendre en chœur… Et si Euripide en avait fourni, des tubes ?
   – Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle, rappelle Claudie Férante, et c’est une servante qui chante. On a oublié l’air.
   – La Chanson de Roland propose de beaux morceaux de bravoure, ajoute Nicolas Siffe que l’on peut scander sur un air lancinant, pas vraiment différent du rap de nos banlieues.
   – Comme l’Iliade et l’Odyssée, précise Lucie Biline, dont les petits Athéniens arrivaient à retenir de longs morceaux.
   René Sance, de confession calviniste, a appris des psaumes traduits par Marot et mis en musique par Goudimel.
   Fred Caulan semble retenir la peur qui ronge les personnages. Celle d’Eurysthée, l’avorton, épouvanté à l’idée qu’on puisse lui demander des comptes, celle qu’inspire la crainte de se montrer inférieur à sa réputation ou à son rang — l’on ne pourra pas dire que… — d’être exposé aux sévices d’un maître, qui vous tuera si vous êtes un garçon, et fera de vous sa chose si vous êtes une fille. Le sacrifice de Macarie répond aux deux motifs, on ne traitera pas comme une serpillère abandonnée à un fox une fille d’Héraklès. L’histoire récente nous rappelle que dans certaines situations nous aimons à humilier nos semblables. Une jeune femme s’amuse à tenir en laisse un Irakien que l’on vient de capturer. Ce qui se passe à Guantanamo fait froid dans le dos. Ce n’était rien à côté d’une Algérie encore française. Quant au calife qui livre des villes entières à la férocité dévote de ses troupes… On comprend les dames kurdes qui se font sauter au milieu de combattants islamistes. Rongé de trouille, Eurysthée révèle celle des autres. Il faut éviter l’hybris, répétaient les grands tragiques. La peur et le soulagement ravageur d’Alcmène nous prouvent que cette hybris est inscrite dans nos gênes.
   – Un personnage d’Aristophane, dit Marie Verbch, va porter ses vêtements en lambeaux et ses chiffons à Euripide, qui les utilisera dans sa prochaine tragédie. En faisant la part de l’exagération, notre auteur adore les personnages démunis, sur lesquels pèse une lourde menace. Je ne suis pas sûr que Sophocle se soit privé de ce genre d’effet quand il montre Œdipe arrivant à Colonne, ou Philoctète. Mais cela semble systématique chez Euripide. Un vieillard qui veille sur des enfants (Hyllos l’aîné sert d’éclaireur) une femme aussi vieille enfermée dans un temple avec ses petites-filles, l’angoisse d’être livrés à leurs pour-suivants, arrachés des autels auxquels ils s’accrochent — le premier personnage qui se présente est un héraut brutal (je ne sais si l’auteur incrédule veut souligner l’inefficacité des autels) il y a là de quoi tirer des larmes, sauf à Aristophane. Et ce sont de vieilles gens de Marathon (je rappelle le prestige chez les Athéniens des vétérans de Marathon) qui viennent prêter main forte. On croit aux dieux, le ciel est vide. C’est ce que suggère une jeune fille déjà condamnée par un oracle (on dirait que l’auteur lutte à sa façon contre l’infâme). On voit se fissurer à la fin le personnage d’Alcmène, qui ne tient aucun compte des lois d’Athènes. Je soupçonne une hypocrisie de Démophon : je vais mettre Eurysthée entre les mains de sa pire ennemie (merci Iolaos) devant des citoyens qui en émettant des réserves ne feront rien pour l’arrêter. Joie mesquine : on a voulu corriger «qu’on le jette aux chiens»  par «qu’on l’amène au bûcher», l’on a eu tort, c’est minimiser la rancune effroyable d’Alcmène. Eurysthée permet de montrer ce qu’il y a derrière la façade. Lui, il ne décevra jamais, il est aussi utile à l’humanité qu’un furoncle à ma fesse. Macarie ne se trompe pas qui ne se sacrifie que pour lever tous les obstacles. Le récit du combat montre bien l’incapacité d’Eurysthée. Les Athénienst laissent les autres s’enfoncer dans nos lignes pour les prendre en tenaille. Pas besoin d’attendre Alexandre pour connaître cette tactique. Le narrateur en est confondu d’admiration. L’apparente fermeté d’Eurysthée avant de mourir répond à ses humeurs de bravache. Heureusement que Macarie est là pour montrer un peu de lucidité. Chacun fait ce qu’il a à faire, arrimé à l’idée qu’iil a de lui-même. On songe à ce vers de Baudelaire :

            Que cherchent-ils au ciel tous ces aveugles ?

***

texte et dessin   René Biberfeld -2014

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