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Sophocle
       

        SOPHOCLE

Ajax                               Les Armes d'Achille
Oedipe roi                     L'Infaillible
Antigone                       La Raison du Prince
Les Trachiniennes       La Tunique de Nessos
Philoctète                      L'Arc et la Plaie
Electre                            Ce que veulent les Femmes
Oedipe à Colone          En Terre étrangère
          ESCHYLE
Prométhée enchaîné    Mises en chaînes
Les Perses                      Le Ressac
Les Suppliantes           A l'Ombre des jeunes filles...
Agamemnon                 La mise à Mort
Les Choéphores           La Mère coupable
Les Euménides             L'Esprit des Lois

                            EURIPIDE

Le Cyclope                  La Raison du plus faible
Alceste                          La Mort en ce Palais
Médée                           Une Femme humiliée
Les Héraclides             Sans merci 
Hippolyte                     Les Malheurs de la Vertu
Andromaque                La fillette à son papa
Hécube                          Cruautés publiques...
Héraclès                        Divines interférences
Les Suppliantes           Le fossoyeur patriote
Ion                                  L'enfant du miracle
Iphigénie en Tauride  La rectification
Electre                           Un jeune homme providentiel
Les Troyennes             Malheur aux vaincues
Hélène                           La belle que revoilà...
Les Phéniciennes        La mort en héritage
Oreste                            Emportés par la foule...
Les Bacchantes           La fête à Dionysos
Iphigénie à Aulis        La précaution inutile

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La mort en héritage

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Etéocle et Polynice
Étéocle et Polynice


      Dans cet écrit, il est fait référence à la nouvelle traduction des Phéniciennes d'Euripide par Fred Bibel.

   Deux grandes tourtes (pâte brisée dessous, feuilletée dessus), recélant un mélange équitable de chair à saucisse et de marrons cuits, écrasés, sur des pommes coupées en tranches — de la reinette point grise, cela fera l’affaire — couper le feuilleté en lanières pour laisser l’air s’échapper — entourées d’une purée de céleri (le cœur) et de topinambour (1/3, 2/3) préalablement bouillis. Une tarte aux poires pour finir.
   Les Phéniciennes d’Euripide, présentent une variante de la légende des Sept contre Thèbes, franchement favorable à Polynice, contraint de se présenter avec une coalition sous les murs de sa cité pour faire respecter l’engagement pris par Étéocle de lui céder le pouvoir au bout d’un an, à titre de revanche. Les imprécations de leur père les condamnaient à se battre à mort pour lui succéder. Sans avoir lu Machiavel, Étéocle juge que lorsqu’on a le pouvoir, c’est une lâcheté d’y renoncer. Eschyle, personnellement impliqué dans la défense de sa cité contre les Perses, ne supporte pas de voir Polynice à la tête d’une invasion. Euripide fait valoir que la coalition ne demande pas à la ville de se soumettre, mais à Étéocle de se rappeler ce qu’il a promis. La coalition se retirera si Polynice obtient satisfaction. En campant sur ses positions, l’indélicat montre que ce n’est pas sa cité qui lui importe, mais le pouvoir. Qu’est-ce que ça peut lui faire de l’abandonner, s’il doit le récupérer au bout d’un an ?
   Cette pièce-là semble moins complexe que d’autres. Tout s’enchaîne naturellement, la trêve inutile, l’oracle de Tirésias qui entraîne le sacrifice du fils de Créon, le début du combat — le messager se voit obligé d’apprendre à Jocaste que ses deux fils vont se battre en duel — elle se précipite dehors, avec Antigone, pour les séparer — le duel lui-même, avec des détails anatomiques à faire grincer les dents — le suicide de Jocaste sur les corps de ses fils, le combat qui reprend pour une raison futile, au profit des Thébains. Créon, à présent roi, vient signifier ses décisions (un décret pris à la va vite). Antigone part en exil avec son père aveugle. 
   Claudie Férante songe aux détails anatomiques et murmure : « Il l’emparouille et l’endosque contre terre, Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle… » Heureusement qu’elle ne continue pas, mon correcteur automatique aurait fini par rendre l’âme avant Le Grand Secret.
   La contribution du maître de maison lui sera moins cruelle :
 
       Un frère qui prend chair au moment qu’on le tue 
       Faut-il invoquer les imprécations du père
       Le commun aux aguets cherche une raison claire
       Quoi que l’on fasse après il n’y en aura plus
 
       Le serpent se réveille à la fin de la mue
       L’un d’eux tient dans ses main le palais et la terre
       Les serments et les dieux ne peuvent rien y faire
       Il faut bien sept armées pour réclamer son dû
 
       L’un transperce un mollet d’un bon coup de sa lance
       On touche une vertèbre à travers le nombril
       Le mourant agonise et d’une main fébrile
       Touche son frère au foie sans trop d’invraisemblance
       Mort ou vif Étéocle entendait rester roi
       Polynice voulait faire valoir ses droits
 
  — Le poète ne propose généreusement qu’une rime à l’œil, et un seul alexandrin, au deuxième vers, qui cache bien son jeu, dit Fred Caulan. Je ne lui en ferai pas reproche, Apollinaire dans Zone se plaît à servir de faux alexandrins qui ont l’air de vrais, et de vrais qui ont l’air de faux. La malice est toujours sensible. Le poète reste poliment insensible, et volontiers narquois.
    L’épouse du maraîcher fait grand cas des aveugles qui surviennent avant le combat (Tirésias) et après la bataille (Œdipe). La trêve et les arguments des frères ennemis avant, la bataille interrompue ensuite, le duel et le lamento à deux voix d’Antigone et Œdipe, Créon qui arrive comme une tarentule sur une partition, le départ de l’exilé avec sa fille. Deux grandes parties, l’une où il ne se passe pas grand chose, l’autre où les événements se précipitent. Avec ces aveugles au milieu de la pièce et à la fin, l’épouse du maraîcher croit avoir découvert Uranus. Ces aveugles c’est comme ces musiques lancinantes de Morricone à la fin d’un épisode. On ne lui fait pas l’honneur de chanter : « Elle est des nôtres, elle a des idées comme les autres… » Ce serait inutilement cruel.
   Nicolas Siffe ne l’est pas, il souligne que Tirésias rappelle inutilement ce qu’on n’aurait pas dû faire et qu’on a fait : Laïos a manqué de discernement, et Œdipe a épousé sa mère ; ce qu’on aurait dû faire et qu’on n’a pas fait : traiter comme il faut Œdipe, au lieu de lui refuser tous les honneurs, et de l’enfermer — il était naturel que ce père outragé maudisse ses fils — les deux frères auraient dû quitter la Cité pour ne pas en venir aux mains ; la seule solution qu’il propose, c’est le sacrifice du fils de Créon. L’autre aveugle n’a rien à dire, tout à apprendre d’Antigone : la mort de ses fils, et de sa mère-épouse ; et de la bouche de Créon son propre exil et l’interdiction d’enterrer l’un de ses fils — une décision illégale et injuste comme le dit Antigone qui s’accroche au cadavre de son frère coupable, et refuse de retourner au palais pour épouser l’autre fils de ce salaud. Il n’ose pas s’attarder sur la palpation des cadavres par Œdipe qui relèvent du Grand Guignol, surtout si elle s’accompagne d’une musique pathétique (le père et la fille chantent leur détresse).
   René Sance n’a pas de ces pudeurs, il se gausse. Le sacrifice de Ménécée trouve grâce à ses yeux. Ce talent pour mystifier son père avant de vendre la mèche au chœur, qui, connaissant sur le bout des doigts les malheurs de Thèbes, accompagne chaque péripétie de ses lamentations.
   Euripide adore les femmes qui souffrent, note Isabelle Higère, Jocaste essaie de réconcilier ses deux fils, c’est tout juste s’ils ne se battent pas sous ses yeux, un messager lui dit que, pour l’instant, ils vivent, mais est bien obligé de reconnaître qu’ils ne vont pas tarder à s’affronter ; elle court pour empêcher ce duel, les trouve morts et n’a plus qu’à se tuer. Polynice est surpris de la voir en haillons noirs, le sommet du crâne rasé. C’est ainsi qu’elle a dû apparaître dès le début, et le public de baver d’aise : elle va morfler la vieille. Elle porte le deuil depuis qu’Étéocle a refusé de céder le pouvoir à Polynice. Mère et grand-mère de deux brutes… avec Œdipe qui lui fait des beaux-frères et des belles-sœurs dont elle est la mère. Et il faut voir comment elle l’a épousé, son fils. Créon l’a promise à celui qui résoudrait les énigmes de la Sphinx. C’est un peu comme ces lotos où l’on peut gagner une bouteille, un jambon, des biscuits ou un veau. C’était avant la Française des Jeux, ou l’équivalent grec.
   Luc Taireux est confondu par l’incompétence d’Étéocle face aux ennemis. Il veut foncer sur eux, les surprendre la nuit, au milieu du repas. Si l’oncle ne lui demandait de réfléchir… Et cette façon cavalière de lui léguer le trône, en cas de malheur, et sa sœur, Antigone, qu’il donne à Hémon, avec la dot qui va avec, et d’exiger, s’ils y restent tous les deux, son frère et lui, de ne pas donner de sépulture à Polynice. Créon est ravi d’être roi — ça compense la mort de son propre fils, qu’il a essayé de soustraire au sacrifice qui devait sauver la cité, encore un homme soucieux de l’intérêt commun ! — et s’empresse d’exécuter les instructions absurdes de celui qui aurait dû céder son trône. Étéocle est prêt à sacrifier sa ville pour garder le sceptre auquel il n’a plus droit. La première question que Jocaste brûle de poser à Polynice porte sur son existence de banni. Le banni se plaint de ne pas avoir eu le droit de dire ce qu’il veut — un joyeux anachronisme pour caresser les Athéniens dans le sens du poil, vu qu’il réclame le droit d’exercer seul le pouvoir pendant une année, comme entendu — et ne s’attarde pas sur le fait qu’il a épousé une princesse. Si Adraste n’avait pas promis de ramener ses gendres dans leur patrie, sa vie n’aurait pas été celle d’un misérable. Il réagit comme un héritier qui ne pense qu’à récupérer la part de patrimoine, dont il a été dépossédé.
   Lucie Biline juge bon de rappeler qu’il n’est pas parti les mains vides, il emportait la robe et le collier d’Harmonie. Le dit collier a servi à suborner l’épouse du devin Amphiaraos, qui devait forcer son mari, lié par un serment contraignant, à partir avec une expédition dont il prévoyait les conséquences.  Le fils de Polynice, Thersandros, a, lui aussi, suborné la mère d’Alcméon, fils  d’Amphiaraos, pour qu’elle convainque celui-ci de prendre la tête d’une nouvelle expédition contre Thèbes, qui fut prise. Les enfants vengeaient la mort de leurs parents. Euripide a choisi de ne pas évoquer ces manœuvres, et de présenter Polynice comme un pauvre homme contraint de mobiliser les armées d’Argos pour récupérer la part d’héritage dont il a été frustré.
  — On ne pourrait sinon comprendre le caractère d’Étéocle qui ne sait qu’une chose, qu’il a le pouvoir et ne le cédera pas, fait remarquer Fred Caulan. Euripide s’aventure dans les terres d’Eschyle, en exposant un monstre de démesure, et de Sophocle en soulignant les faiblesses d’une cité qui canalise les forces anarchiques, mais dépend des puissants. Il importe de montrer qu’Étéocle ne tient aucun compte de ses serments, ni de la loi, ni du droit. Comme il l’avoue, il se serait hissé dans les sphères supérieures de l’éther et aurait plongé au fond des enfers pour l’avoir. En faisant une promesse solennelle par laquelle il ne se sentait pas tenu, il s’est épargné cette peine. Il est bon qu’Œdipe ait pu constater les conséquences de ses imprécations, et palper tendrement les carcasses de sa mère-épouse et de ses deux fils. Les raisonnements de son frère, la réprobation, les reproches de Jocaste à ses enfants se heurtent à ce mur. Une seule chose le rachète : il éprouve le désir d’épargner des vies en affrontant son frère dans un combat singulier. Voilà ce que c’est que de vouloir à tout prix qu’il crève, ou crever, plutôt que de céder. Dernière ironie, les armées se disputent  pour savoir qui a gagné et en viennent aux mains. Les Thébains ont la grande délicatesse, en armes, de se jeter sur leurs adversaires désarmés. Cette dernière cruauté leur assure une victoire complète.


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Texte et dessin
René Biberfeld -2015

 
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