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cerveaux cassés

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   Il a suffi d'une grenade lacrymogène tirée à bout portant sur le visage d'un trublion probablement fiché pour décider de ma vocation. L'ayant croisé dans certains milieux où la contestation des règles sociales se manifeste d'une façon plus rentable, je l'avais soupçonné d'être un provocateur. Je fréquentais un café chic offrant à une clientèle distinguée des filles d'un abord avenant, et bien plus présentables que ces langoustes qui font le pied de grue sous l'œil sévère du prosper exigeant. L'interne de base est si souvent sur la brèche qu'il ressent le besoin de se détendre. La détente que proposent des infirmières ou de futures collègues peut vous mener loin. Je rêvais d'amours sans conséquences. Comme je ne refusais pas de les consulter gracieusement, quoi qu'en ait le Conseil de l'Ordre, j'étais devenu la mascotte de ces dames du Bilboquet, un nom plutôt évocateur auquel notre pauvre Henri III a enlevé toute poésie. M. Jean n'aurait jamais toléré dans son établissement de hareng aux aguets, ou de trafiquant cherchant à semer des comptoirs un peu partout, comme faisaient les Portugais du temps de leur splendeur. Il finançait des coups, de gros coups, à condition que leurs auteurs présentassent suffisamment de garanties. Il lui fallait des plans d'attaque sérieux avec une logistique sans failles. S'il ne les mettait pas au point, il était passé maître dans l'art de détecter les points faibles dont personne ne s'était avisé. Quand il acceptait de rincer, ses débiteurs savaient que l'on marchait sur du solide. Et la part qui lui revenait était à la hauteur de ses compétences. Les receleurs qu'il connaissait n'avaient jamais été inquiétés. Il avait lui-même ses troupes, plus dissuasives que conquérantes. Ces troupes n'avaient pas hésité à massacrer dans leur quartier une bande de loubards qui avait émis la prétention d'importuner ces dames et de le protéger. Il fallait leur montrer qu'il n'avait pas besoin de protection. Ses principes étaient simples : tu viens chez moi, je viens chez toi. Des manières et de l'instruction, sinon. Une masse de muscles que l'on ne pouvait deviner, tant il faisait penser à un Chérubin précocement mûri. Des cheveux gris sur un visage presque enfantin. Du modeste sur mesure, que lui faisait parvenir une antique maison londonienne. Et les chaussures assorties. Les complets dans lesquels on enveloppe le Gabin quand il reprend du service sentent l'arcan cossu. Pourquoi pas se saper comme un nègre, ou un maquereau calabrais tant qu'on y est...
   Il m'avait dit un jour :
   ̶ Tu sors avec Aline.
   Je ne demandais pas mieux. Nous tombons sur lui à deux pâtés de maison.
   ̶ Excuse-moi, Aline, il nous arrive une tuile. Nous avons malheureusement besoin d'un praticien discret. Vous vous retrouverez demain.
   On marche un peu, je suis au bout de deux cents mètres invité à m'asseoir à l'arrière d'une voiture. On me bande les yeux. Un peu plus tard, j'extrais trois balles des tripes d'un patient mal en point. Une vraie salle d'opération dans le sous-sol d'un pavillon. Les infirmières n'étaient pas maladroites. L'anesthésiste, carré comme un talonneur, connaissait son travail. On n'attendait plus que moi. J'avais assuré suffisamment d'urgences et toujours pris les bonnes décisions. M. Jean avait dû se renseigner je ne sais comment. Je n'ai demandé aucune explication, ni avant, ni après. Comme on s'en montrait reconnaissant :
   ̶ Je ne fais qu'observer à la lettre le serment d'Hippocrate, ai-je dit. Je ne puis laisser un moribond en l'état, et suis tenu de garder pour moi les renseignements que j'aurais pu glaner en le soignant. N'étant pas encore diplômé, rien ne m'oblige à signaler les blessures suspectes à qui de droit.
   Les années qui ont suivi, je n'ai eu à intervenir que deux fois. Et il n'a plus cherché à me contacter quand je suis arrivé au bout de mes peines.
   En attendant :
    ̶ Ces dames et les consommations sont à mon compte.
   Ces dames, ça tournait, vu qu'elles étaient au leur. M. Jean ne leur demandait pas un sou, ce qui aurait fait mauvais genre. Il suffisait qu'elles attirassent du monde. On lui envoyait de temps en temps un guignol interlope qui était prié de régler son addition. Il avait réuni assez de dossiers pour présenter ses doléances aux éminences de l'endroit. Mais l'on ne pouvait s'abstenir de lui servir la même salade qu'aux autres. Une salade à laquelle il répondait courtoisement.
   Je n'ai pas craché sur ces dames, ni sur les ballons de minervois que M. Jean proposait aux vrais amateurs. C'est là que j'ai pris de déplorables habitudes.
   À la ville, je travaillais sous les ordres du dernier des Mabouille. Le grand-père rapetassait dans des dispensaires de service le visage des gueules-cassées qui se présentaient. Le père a hérité d'un savoir-faire grâce auquel il est devenu un ponte de la chirurgie réparatrice. Le fils a su s'adapter aux techniques les plus avancées. On lui soumet des cas désespérés d'un peu partout. Tout naturellement, j'ai amené dans notre service mon camarade défiguré. Pour Gérard Mabouille, cela méritait le détour. C'est dire l'état de mon ami. Mon patron a effectué là un travail d'horloger. Le visage était redevenu presque aussi beau qu'avant, mais il s'était quelque peu figé. Il fallait le prendre en photo pour le retrouver. Mais il avait un autre atout, savoir un tempérament à l'épreuve de n'importe quel coup du sort. Il n'était que séduisant, cette épreuve l'a rendu attachant. Il l'est encore. Il avait à mes yeux un autre avantage : grâce à lui, je suis devenu un spécialiste de ce que j'ai pris l'habitude d'appeler les cerveaux cassés. Je suis capable de distinguer les déformations congénitales, qui ne sont presque jamais héréditaires quoi qu'en pensent les eugénistes, de celles qui sont dues à des accidents imperceptibles pour le commun. Et il n'y avait personne pour les réparer.
   Le père Mabouille s'en était rendu compte avant moi. Je suis un dessinateur compulsif. J'aime à croquer un visage pour le retravailler ensuite à la plume, sans avoir recours aux ombres trafiquées, crayon, fusain, pinceau, croisillons ou points. Le père Mabouille ne s'en lassait pas. Il disait juste que ces portraits faisaient clairement apparaître l'armature du visage, et... autre chose d'indéfinissable qui devait avoir un rapport avec les architectures mentales de l'intéressé. Une chose dont il faudrait tenir compte. Il avait vu un portrait de mon ami, que j'étais allé lui chercher avant l'opération. Il avait su l'utiliser. J'ai regardé de plus près tous mes dessins, et je me suis aperçu qu'ils rendaient les ravages accumulés dont les effets ne sont que rarement visibles dans la vie courante.
   Je me suis rendu compte que, dans le domaine de la chirurgie réparatrice, la concurrence est forte. Je ne serais jamais parvenu au niveau du père Mabouille, et les épigones, son fils compris, remplissaient la salle d'attente. Mon domaine à moi, c'était la restauration des structures mentales. Il fallait quasiment repartir à zéro.
   Mes parents étaient de bonne composition, mais il ne fallait pas trop tirer sur la corde. Mes fréquentations douteuses, c'était l'écot à payer à une jeunesse qui passe pour insouciante. Mon ivrognerie précoce, mon goût pour les lionnes stipendiées...
Et vivent les étudiants, ma mère ! Il y avait eu nombre de Beuné turbulents dans mon ascendance. Aucun ne s'était permis de changer de spécialité avant de pouvoir montrer ce qu'il avait appris à faire. Mon père m'a fait savoir qu'à l'instant où je quitterais la cour des Mabouille, je deviendrais mon propre mécène. Un mécène désargenté peut-être, mais d'autant plus méritant. Les Beuné pratiquent un humour à froid auquel il faut s'habituer. Je ne me laissai pas abattre. Si vous saviez le nombre d'étudiants qui peinent à rédiger une thèse... Donnez-moi de la matière en vrac, il n'en reviendra pas d'être aussi élégant. Je sais habiller des voiles de Salomé les pensums les plus arides. C'est ce que j'expliquai à M. Jean qui fit le geste de qui écarte une objection.
   ̶ J'ai besoin d'un serveur qui ne perde pas son temps à servir les clients.
   Je n'ai guère éprouvé de scrupules à accepter sa proposition. Je m'attendais à rafistoler d'autres dolents. Je n'ai eu, comme je l'ai dit, à le faire que deux fois. Dans la même salle. L'on ne peut vraiment parler d'emploi fictif, puisque j'étais d'astreinte, comme ces techniciens capables d'entretenir les ballast, les caténaires et les rails du temps que la SNCF était encore un service public, à savoir une officine au service de l'usager et de son personnel, et pas une entreprise théoriquement rentable. Ce discours non médical, je l'emprunte à mon ami rafistolé par le docteur Mabouille. Il avait un père cheminot. J'aurais pu en dire autant des services hospitaliers, et d'autres qui n'échappent pas aux compressions de personnel. Ma femme, qui est juge d'instruction, pourra vous parler du nombre de dossiers qu'elle a à traiter tous les jours. J'accepte tous les cas qu'elle m'envoie. Et son ami d'enfance, qui est juge d'application des peines, fait assez souvent appel à mes compétences. Cela me prend plus de temps que l'astreinte de M. Jean. Une bien douce astreinte, mais moins lucrative que les emplois fictifs de la Ville de Paris.
   J'ai donc pu constater, grâce à mon épouse et à son ami, une vérité que je pressentais : on interne des gens que l'on pourrait coller simplement au trou, on emprisonne des patients qui relèvent de mon service.
   J'ai perdu M. Jean de vue le jour où il a décidé que le moment était venu de me perdre de vue. Il a pris sa retraite de la façon la plus cocasse qui soit. Au lieu de financer des coups, il finance ses propres campagnes électorales. Ses interventions à la Chambre sont aussi remarquées que celles qu'il fait au Conseil Régional. Au moins sait-il reconnaître les gens qu'il est bon de ne pas fréquenter quel que soit leur statut.
   Je suis devenu, moi, un mandarin dans ma partie. Et le patron d'un service de psychiatrie, dans le CHU de B***. J'y employais des termes que mes étudiants pouvaient comprendre. Il leur faut cette patine technique qui a remplacé les toges des Diafoirus d'antan. Je n'ai pas besoin de cette patine-là.
   Il m'arrive au moins une fois par jour de me regarder dans la glace. J'ai même commis quelques auto-portraits. Mon cerveau serait dans un état de conservation aussi impressionnant que celui de mon ami, s'il n'y avait ce glacis qui en atténue l'éclat. L'on ne peut parler de vernis. Le vernis vient après coup. Il s'agit de quelque chose d'aussi uni que ce fond de ciel que les grands maîtres confiaient à leurs apprentis, à ceci près que c'est un glacis transparent, comme une sorte de verre translucide qui ne cacherait aucun détail, mais en adoucirait les contours. C'est ce qui me permet sans doute de noter, sans cette indifférence qu'affichent les carabins en prenant leur casse-croûte au cours d'une dissection, toutes les dégradations qui altèrent les facultés de mes patients. Malgré les catégories que l'on admet, aucun cerveau cassé ne ressemble à un autre. Je perçois d'autant mieux ces différences que mon glacis me les rend presque aimables. D'aucuns me diraient que mon penchant pour les ballons que l'on aligne au fil des heures entretient ce glacis. Ce n'est pas exact, je suis né avec, je n'avais pas besoin de cette brume à fleur de peau qui ne diminue pas mes capacités, si j'en crois les résultats que j'obtiens. Je ne me décourage jamais. Les dégâts sont juste plus ou moins graves. Des exercices adaptés peuvent avoir autant d'effet sur un gâteux qu'une action sur les peptides Aß, dont on ne constate l'efficacité pour l'instant que sur des souris trafiquées au préalable. Les humains attendront. Les débutants sont si vite désarmés devant un catatonique en bon état d'inertie... Il m'arrive d'en ramener. Pour le reste, je n'ai jamais pris de ces cuites conviviales que s'accordent encore certains de mes vieux amis. Imbibé, jamais gris, telle est ma devise. Cela ne m'empêche pas de voir sur quoi je travaille. Je laisse à mes étudiants le soin de s'occuper du mal-être de ces gens qui supportent d'autant moins les autres qu'ils peinent à se supporter, sans présenter de lésions vraiment graves. Et je ne parle pas de ceux qui tiennent qu'une bonne analyse fait nécessairement partie de l'apprentissage d'un honnête homme.
   Je partage, dans ma partie, les conceptions du docteur Mabouille dans la sienne. Il ne voyait aucun inconvénient à s'occuper des malformations congénitales, mais n'avait que mépris pour la chirurgie esthétique. “Le nez de Juliette Greco est devenu plus court ? La belle affaire ! Ça ne l'a pas fait chanter mieux, et elle était déjà la Verdurin de Saint-Germain des Prés.” Mon maître était parfois dur.
   J'abandonne de la même façon les cerveaux mal rangés à mes collègues analystes. Je ne tiens pour tels que ceux qui ont reçu une formation médicale solide.
   Le professeur Mabouille parlait en connaissance de cause. Il était affligé lui-même d'un nez presque inexistant, de lèvres fort épaisses sur des dents assez écartées, de cheveux roux irrémédiablement hirsutes qui se contentaient d'accueillir en prenant de l'âge, quelques plaques de cheveux blancs, au lieu de laisser la place à une miséricordieuses calvitie. L'ensemble évoquait la tête d'une baudroie, et l'analogie était accentuée par un corps plutôt minuscule et des jambes très courtes. Une voix de crécelle avec ça, et qui portait en plus. Mais il fallait le voir dans l'exercice de son métier. Une grâce... Il a fait des enfants assez beaux à une femme aussi laide que lui. Je puis vous assurer que son cerveau était aussi intact que celui de mon camarade.
   Je suis parfois invité par ma femme et son ami d'enfance à dispenser mes clartés dans une salle de tribunal, ou devant d'autres instances judiciaires. J'essaie de mesurer mes propos. Quoi qu'en pensent des lignées de bonnes âmes, il est des êtres naturellement malfaisants, qui ne demandent qu'à ce qu'on les juge irresponsables. Lorsque j'affirme qu'un quidam est parfaitement responsable de ses actes, je sais de quoi je parle. Et je perçois aussi les ajustements ratés, et toutes les infirmités que provoque une société normalement constituée. Comme me l'a dit plus tard mon fils, toute civilisation fonctionne comme le lit de Procuste. Il est difficile d'en sortir indemne. C'est dire si mes analyses sont affinées. J'essaie de tenir compte des préjugés de mon auditoire pour qui l'on n'est pas méchant de naissance. Les villageois n'avaient pas tort, qui disaient qu'un gamin peut avoir un mauvais fond. On ne peut rien y faire. Le ministre ne devait pas en avoir un bon, qui propose de détecter les futurs délinquants à la mamelle. Quand je dis "ne devait pas", je suis poli. Je l'ai vu sur l'écran familial.
   Ma femme a cru que notre petit Claude n'était pas normal. Il a effectivement une anomalie, il est à l'abri de toute tension nerveuse. Il est né tout armé du ventre de sa mère. S'il n'a pas suivi le doigt que l'on balançait sous ses yeux, c'est qu'il n'en voyait pas l'intérêt. Sa parole a toujours été efficace et son discours construit. Dans ses propos comme dans ses essais. L'on ne sent les filaments d'une pensée qui se cherche que dans les brouillons et les notes sur lesquels je suis tombé. Si j'ai vérifié que ses réactions étaient tout à fait normales, en l'obligeant à faire certains gestes et en lui tapant doucement plus tard sur le dos du tranchant de mes mains, c'était surtout pour rassurer mon épouse. Il faut quelques grimaces, et j'en fais même à mes étudiants, de doctes grimaces. Certains seraient tentés de reconnaître le syndrome d'Asperger chez mon fils. Une bonne façon d'expliquer à ma femme son absence d'angoisse, et le fait qu'il n'ait jamais ressenti le besoin d'être rassuré. Sa théorie de la fêlure créatrice dans les sociétés humaines vaut bien les spéculations du sieur Girard. Il sait la faire passer.
   Il a dû sentir tout de suite que j'étais sur le point de décrocher. Il m'a suffi, à moi, de m'observer sur mon miroir. Quel que soit l'éclat des yeux, il y a un moment où l'on dirait une flaque. Rien à voir avec la cataracte. La pupille flotte sur l'iris, et l'iris sur le blanc de l'œil sans parvenir à émerger vraiment. Certains vieillards ont tendance à écarquiller les paupières par moments, pour mieux en faire ressortir les transparences, une façon peut-être de ralentir le processus.
   L'on s'accordera à dire que c'est l'effet de la boisson. Elle en a d'autres. Je m'épargne la peine de me mettre parfois à courir, pour me prouver que je puis le faire, ou de monter des escaliers à fond de train. Il me suffit que mon cerveau n'éprouve aucune peine à joindre les deux bouts, je le dois peut-être à ma routine de praticien. Connaissant les syndromes, je ne ressasse qu'intérieurement, je n'exprime pas de regrets revanchards, j'évite les épanchements, je me méfie des accès de tendresse plus ou moins baveuse. Je ne m'accroche à aucune opinion, je ne prodigue pas avec insistance des conseils avisés. Je sais trop bien d'où vient la profonde sagesse des ivrognes. C'est comme le murmure inlassable de la mer. Cela prendra le temps qu'il faudra. Peu importe le temps. Je sais que j'ai déjà lâché la rampe.




***


NOTULES

   Le guignol, c'est le policier de base, un souvenir du temps où les enfants allaient voir Guignol, mais oubliaient entre-temps que celui-ci rossait le gendarme. Brassens est probalement le dernier  à l'avoir employé dans ce sens : 'Ces furies, perdant toute mesure, se ruèrent sur les guignols...'  Cellard donne la date de 1880, et y voit un croisement entre le verbe guigner, et le pantin.
  Le guignol interlope : c'est que les préposés aux mœurs ont souvent un comportement suspect. D'aucuns disent qu'ils 'palpent'. Cette rosière de Balzac, citée par Le Robert, parle du "monde interlope des femmes équivoques".
   L'arcan, primitivement le voleur qui tente de souffler leur part à ses complices, a fini par désigner un homme du milieu. Boudard parle de petits et gros arcans. Cellard donne la date de 1950, et propose l'influence des arcandiers qui au sud de la Loire étaient des "colporteurs malhonnêtes ou des brocanteurs douteux ", si l'on en croit Esnault.
   Les prospers  sont évidemment les souteneurs, chantés  par Maurice Chevallier : 'Prosper, youp la boum ! C'est le roi du macadam"
   Les dames au leur, sont à leur compte, expression attestée au Trésor de la Langue Française. 
    Pour les langoustes, une citation d'Ange Bastiani :
       ̶ Quand l'homme épargne la gifle, la langouste se gaspille, observa Zoé, sentencieuse.
     Enfin, rappelons que l'expression gueules-cassées, qui date de l'après-guerre (la Grande) a été créée par l'Union des Blessés de la Face.

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© texte R.Biberfeld - 2012    © photos jhrobert  - 1975 
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